
Le témoignage suivant date de 1777: "je ne distingue aucun vert au monde; un rose et un bleu pâle sont identiques à mes yeux. Un rouge et un vert foncé me paraissent semblables. Je distingue bien les jaunes et toutes les nuances de bleu sauf le bleu ciel. Mon père éprouve exactement le même inconvénient. Ma mère et une de mes soeurs distinguent parfaitement les couleurs. Mon autre soeur Cécile et moi-même avons l'anomalie. Cette soeur a deux fils, tous les deux atteints, mais elle a une fille qui est tout à fait normale. Le propre frère de ma mère avait le même trouble que moi".
Plus tard, le physicien et chimiste anglais John DALTON (1766-1844) étudia sur lui-même cette anomalie de la perception des couleurs appelée depuis daltonisme.
Quelle est donc l'origine de cette anomalie?
La rétine, située au fond de l'oeil est constituée de cellules spécialisées photosensibles: les cônes et les bâtonnets. Les bâtonnets sont très sensibles à la lumière; il permettent ainsi de distinguer les formes en basse lumière mais n'interviennent pas dans la vision des couleurs (on dit bien que "la nuit, tous les chats sont gris"...). Seuls les cônes participent à la vision des couleurs. Il en existe 3 catégories contenant des pigments sensibles à des longueurs d'ondes différentes (bleu, rouge, vert). Ces pigments appelés iodopsines sont constitués d'une partie protéique (l'opsine) et d'un groupement 11-cis-rétinal. Chaque type de pigment présente une séquence protéique particulière issue de l'expression d'un gène. Le gène codant pour l'iodopsine sensible au bleu se trouve sur le chromosome 7, ceux codant pour l'iodopsine sensible au vert et l'iodopsine sensible au rouge étant tout deux localisés sur les chromosomes sexuels X, l'un à la suite de l'autre. La méiose, division cellulaire qui se produit dans les organes génitaux, peut parfois conduire à la formation de spermatozoïdes ou d'ovules dépourvus d'un de ces gènes ou présentant un gène hybride donc incomplet. D'une manière générale, les chromosomes étant en double, un gène défectueux apporté par le père est souvent compensé par un gène normal apporté par la mère, ou inversement. C'est ce qui explique la rareté des maladies génétiques !!! Dans le cas qui nous intéresse, les gènes codant pour les pigments sensibles au rouge et au vert sont situés sur les chromosomes sexuels. Or les hommes, contrairement aux femmes, ont deux chromosomes sexuels différents X et Y (deux X chez la femme): les gènes présents sur ces deux chromosomes n'existent donc qu'en un seul exemplaire. Par voie de conséquence, une anomalie présente sur le chromosome X ne sera pas compensée par l'autre chromosome Y: le risque de présenter une anomalie de la vision des couleurs verte et/ou rouge est donc plus important chez l'homme (relire le témoignage ci-dessus). En France, le daltonisme concerne 8% des hommes et 0,40% des femmes. Il existe diverses formes de daltonisme. Lorsqu'un des 3 gènes codant pour les iodopsines est absent, l'individu voit du gris à la place de la couleur concernée. Dans le cas d'une hybridation des deux gènes successifs codant pour les iodopsines sensibles au rouge et au vert, la distinction d'une des deux couleurs par rapport à l'autre devient difficile: la perception du vert peut être défaillante et dans ce cas, il est perçu comme du rouge (c'est la cas de daltonisme le plus courant); ou alors la perception du rouge est défaillante et il est perçu comme du vert. En aucun cas la perception des couleurs n'est inversée !!!!!!!!!!!!!
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